Les examens vaginaux pendant la grossesse sont-ils indispensables ?

Les examens vaginaux peuvent être pénibles pour les femmes. Lors d’un suivi de grossesse “classique”, le touché vaginal fait partie de la d’un examen routine. Il en va de même pour l’accouchement. Combien de fois on ne voit pas dans les films que lors d’un accouchement, une personne de l’équipe médicale vient examiner le col de l’utérus pour voir si le travail avance bien… Mais est-ce que c’est vraiment précis comme méthode ? Est-ce vraiment nécessaire ? Peut-on refuser ? Est-ce qu’il y a un risque si on refuse ? Je vous réponds dans cet article

Physiologie du col de l’utérus

L’utérus est un organe mobile. Au cours de la grossesse, le col de l’utérus va se modifier. Lors de la fécondation, le jour de l’ovulation, il va être entre ouvert pour permettre aux spermatozoïdes de s’y introduire pour aller féconder l’ovule. Vers la fin de la grossesse, le col va se mettre à se modifier pour se préparer à s’ouvrir. Il va devenir beaucoup plus mou (normalement il a la rigidité d’un nez), il va s’orienter vers l’avant (vers le pubis) et il va se raccourcir. Pendant se processus, il se peut qu’il commence déjà à s’ouvrir. D’ailleurs il n’y a pas que pendant la grossesse que l’utérus va bouger. Au cours du cycle menstruel également. Même lors d’un rapport sexuel. Si la femme est suffisamment excitée, le col va se rétracter pour laisser la place à la pénétration.

L’état psychologique des femmes influence beaucoup leur corps et donc leur appareil reproducteur. C’est pour cette raison que, lors des examens vaginaux, il est souvent demandé à la femme d’essayer de se détendre car quand nous sommes crispées c’est tout notre corps qui l’est.

Imaginez donc l’état d’esprit des femmes qui accouchent de manière “classique”. Lumières aveuglantes dans toute la pièce, à moitié nue dans une salle avec un groupe de personnes étrangères qui vous regarde sous toutes vos coutures… Les femmes ne peuvent être que crispées. Et si elles le sont, alors leur col également.

L’utilité des examens vaginaux

En théorie, les examens vaginaux sont réalisés pour voir l’état du col de l’utérus. Lors de la grossesse, ça permettrait de vérifier que le col soit toujours bien fermé. Et lors de l’accouchement, des examens vaginaux de routine sont effectués à intervalles régulier pour évaluer si le travail progresse bien.

Or tout comme chaque grossesse et chaque femme est différente. Chaque accouchement l’est également. On ne peut donc pas se baser sur des examens vaginaux pour déterminer l’avancée précise du travail. De plus, comme le col de l’utérus est un sphincter (s’ouvre et se ferme). En fonction de l’état psychologique de la mère, de la libération des hormones qui peuvent faire avancer ou entraver le travail, il se peut que le col reste longtemps au même point voir qu’il se rétracte un peu.

Les preuves suggèrent que si la mère et le bébé vont bien, la durée du travail seule ne doit pas être utilisée pour décider si le travail progresse normalement.

Les risques d’une surmédicalisation

Un sur-diagnostic et une intervention trop récurrente pendant le travail qui stagne ou avance “lentement” peut entraîner des complications voir mettre en danger le bébé et la mère. En intervenant sans cesse, on dérange la future mère. On l’a coupe de sa bulle. Or on sait que pour que le travail avance il faut que l’ocytocine (hormone du bonheur) soit produite afin de provoquer les contractions. Pour cela, la mère doit déconnecter son mental et se laisser complètement aller. Si on vient tout le temps la toucher, la manipuler, lui parler ,etc… Elle ne peut pas se mettre dans cet état coupée du monde. Ce qui pourrait expliquer en partie que le travail n’avance pas.

Il est important de réfléchir, si les examens vaginaux de routine sont efficaces, à la fois comme mesure précise de la progression physiologique du travail et pour distinguer le véritable retard du travail, ou si d’autres méthodes d’évaluation de la progression sont plus efficaces.

En plus de déstabiliser la mère, les examens vaginaux de routine peuvent entraîner une légère augmentation de la douleur par rapport à l’échographie de routine.

Laissons les mères et le co-parent sortir leur enfant

Lors de l’accouchement, il n’y a pas que la vérification du col qui est faite par l’insertion des mains dans le vagin des mères. Quand le bébé sort, le personnel médical introduit ses mains pour aider le bébé à sortir. Cette pratique aurait pour but de protéger le périnée des femmes afin d’éviter qu’il se déchire. Il en va de même pour l’épisiotomie. Il serait plus sécuritaire pour le périnée de coupé pour contrôler et éviter une éventuelle déchirure. Cependant, l’épisiotomie endommage beaucoup plus le périnée que la déchirure. Car pour une faire cette acte chirurgical, on coupe dans le muscle ce qui provoque des séquelles irréversibles. Le périnée ne peut jamais s’en remettre complètement. Alors que la déchirure est dans la plus par des cas très superficielle et ne nécessite même pas de points de suture. Il est très rare que la déchirure soit du troisième degré.

Il faut garder à l’esprit que le corps humain est très bien fait. Le périnée est capable de s’étirer et faire naître les bébés sans être endommager et s’il les c’est très superficiel et il guérit rapidement.

Le hand off

Heureusement, avec l’engouement des familles a vouloir reprendre le contrôle de leur accouchement, de plus en plus de sages femmes (qui pratiquent plutôt les ADD) pratiquent le hand off. Elles n’interviennent pas avec leurs mains lors des consultations prénatales ou lors de l’accouchement sauf s’il y a vraiment besoin. Je vous invite à aller lire l’article de Karine (sage femme et créatrice de quantik Mama)

Vos droits

Vous avez le DROIT de refuser un toucher vaginal. Si la grossesse se passe bien, qu’il n’y a pas de soucis, vous avez le droit de refuser les examens impliquant un toucher vaginal. Que ça soit lors de vos consultations prénatales ou lors de votre accouchement.

Souvent, on vous dira que c’est pour votre sécurité et celle de votre bébé. Gardez à l’esprit que votre corps est fait pour enfanter votre enfant, que les mères accouchent leur bébés depuis que le monde est monde, vous n’avez besoin d’aucune assistance pour mettre au monde votre bébé.

La légende urbaine veut que l’accouchement soit quelque chose de dangereux, qu’il y a un haut risque de mort que ça soit pour l’enfant ou pour la mère.

En réalité, c’est faux. Bien-sûr le risque zéro n’existe pas mais il en va de même lorsque vous prenez la voiture. Il y a un risque que vous perdiez la vie dans un accident de voiture mais cest rarement le cas.

Le nombre de cas de décès maternelle par an tournerait autour de 10 femmes sur 100 000 accouchements. Ce nombre comprend les suicides et ainsi que les femmes enceintes et la période de 45 jours qui suit l’accouchement. Ce qui prouve que ce n’est généralement pas l’accouchement en lui même qui est mortelle. Il y a souvent des complications avant qui font que cette issue soit possible.

L’accouchement à domicile serait plus safe

L’APAAD (association professionnelle de l’accouchement accompagné à domicile) a publié le 1er état des lieux de la pratique des Accouchements Accompagnés à Domicile (AAD) en 2018. Les résultats révèlent que sur 1046 naissances à domicile pour l’année 2018 :

La mortalité maternelle est nulle et les complications moindre que pour les femmes enceintes à bas risque accouchant en maternité :

  • Le taux d’hémorragie post-partum sévère serait de 0,55%, soit 5,6 fois moins qu’en milieu hospitalier.
  • Le taux d’épisiotomie est de 0,3%, soit 67 fois moins qu’en milieu hospitalier.
  • 65,6% des femmes ayant accouché à domicile ont un périnée intact à l’issue de la naissance ; soit plus de 2 fois plus ; et dans 11,1% des cas seulement, une suture périnéale a été nécessaire.
  • Tous les enfants sont nés vivants.
  • 100% des enfants avaient un score d’Apgar (évaluation de la vitalité d’un nouveau-né) d’au moins 7 sur 10 à 5 minutes de vie, c’est-à-dire que leur état ne nécessitait pas de réanimation ou avait été stabilisé par les sages-femmes.
  • Sur les moins de 1% qui ont nécessité une réanimation néonatale à la naissance, leur état a été stabilisé par la sage-femme en attente des secours sans nécessité de mesure lourde (au maximum administration d’oxygène) ; soit 2,5 fois moins qu’à l’hôpital pour des accouchement de même niveau de risque.

Donc oui dans de très rare cas, l’intervention médicale est nécessaire pour sortir votre bébé, vérifier l’avancée du travail. Mais vous pouvez partir du principe que si votre grossesse se passe bien, il n’est nullement nécessaire de vous faire subir des examens vaginaux. C’est même bénéfique pour vous et votre bébé de ne pas en recevoir.

Mon expérience

Pour vous faire part de mon expérience, j’ai vécu deux accouchements différents.

Premier accouchement

Mon premier s’est passé en milieu hospitalier avec péridurale. J’ai eu beaucoup de chance car il n’a pas été traumatisant même si j’ai subit quelques violences obstétricales (dont je n’avais pas conscience sur le moment même). J’ai eu des examens vaginaux tous les mois depuis le début de ma grossesse et minimum toutes les heures pendant mon accouchement.

Ces examens était un moment angoissant pour moi car je suis assez pudique et de manière générale assez timide face à des personnes inconnues. Alors quand en plus je suis nue et regardée dans ma plus grande intimité… C’était assez difficile. La seule chose qui me motivait, c’était de pouvoir voir mon bébé à l’échographie.

Lors de mon accouchement, jai eu une dose un peu forte de péridurale donc je n’ai absolument rien senti. Ce qui fait que je ne savais pas comment pousser ni quand. On a dû me dire quand pousser et je devais pousser en continu le temps qu’ils avaient décidé…

Ce qui a été assez difficile car j’avais l’impression que mes yeux allait éclatés. Heureusement, en 3 poussées ma fille est sortie. Mais juste avant sa sortie, j’ai entendu un bruit assez fort. J’ai compris que c’était l’épisiotomie que l’on venait de me faire sans me prévenir… J’ai mis plus d’un an avant de ne plus avoir de douleur intense à chaque rapport et même après il arrivait encore que j’ai mal à ma cicatrice.

Deuxième accouchement

Pour mon deuxième accouchement, j’ai choisi d’accoucher en maison de naissance. Mon suivi a été tellement agréable. Je n’ai eu aucun examen vaginal. On m’a respecté totalement depuis le début. On me demandait la permission pour toucher mon ventre. C’était vraiment merveilleux.

Lors de mon accouchement et les quelques consultations qui ont précédées, j’ai eu des examens vaginaux. Mais on m’a demandé la permission. Et je voulais vraiment savoir où en était mon col. Malgré que ça soit quelque chose qui me gène terriblement. Mes sages femmes on su me mettre en confiance. Elles m’ont mis une couverture sur les jambes et ont à peine regardé sous la couverture. Les examens vaginaux était fait très lentement avec beaucoup de précaution pour ne pas me faire mal.

Pendant l’accouchement, je n’ai pas eu directement un examen vaginal. Mon travail était bien parti pour aller assez rapidement sauf que je suis restée trop longtemps dans la même position. J’étais presque ouverte à 10 cm. Il me restait un demi cm. Comme ça devenait trop intense et que j’étais dans la phase de désespérance depuis trop longtemps. Ma sage femme m’a aidée en faisant un examen vaginal pour faire lâcher mon col. Ensuite, je n’en ai plus eu même pour la sortie de mon bébé.

Conclusion

Les examens vaginaux ne sont pas nécessaires et vous êtes totalement en droit de les refuser.

Si maintenant vous avez une grossesse à risque, vous pouvez demander à ce que vos examens vaginaux soient fait avec plus de douceur et d’intimité. Dans ce cas prenez le temps de trouver une sage femme ou un/une gynécologue qui saura vous mettre en confiance, vous écouter et vous respecter. Sachez que si vous ne vous sentez pas à l’aise avec le/la professionnel.le que vous avez choisi, vous avez le droit de changer et de trouver quelqu’un avec qui vous vous sentirez en sécurité.

Il me tenait vraiment à cœur de vous écrire cet article car je me souviens pendant ma grossesse ma maman était stressée parce que mes sages femmes n’avaient pas jamais vérifié mon col. Et même si j’avais totalement confiance en elles et que je savais que c’était pas obligatoire. Je ne pouvais pas rassurer ma maman car je ne savait pas s’il y avait un risque, à quoi ça servait, etc …

Merci d’avoir pris le temps de lire cet article jusqu’au bout. J’espère qu’il vous aura été utile. N’hésitez pas à le partager à quelqu’un qui en aurait besoin ainsi qu’à me partager vos expériences en commentaire.

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